• Nicolas Costa

Le déni collectif

Nous sommes le 22 Juin 2020, hier c'était la fête de la musique. Aux infos ce matin, des photos surréalistes de centaines de personnes agglutinées sur les rives du canal St Martin. Nous sortons de 3 mois de confinement où les règles de distanciation sociales ont été martelées matin, midi et soir par les médias. La menace d'une seconde vague d'épidémie n'est pas à exclure. Il y a quelques jours, un ami a reçu une demande d'augmentation de l'une de ses collaboratrices. Son entreprise opère dans un secteur durement touché par la crise et risque de ne pas survivre. Quel est donc ce déni collectif pour ne pas dire cette inconscience qui s'empare des gens?


Je suis surpris et choqué de voir de telles attitudes tant elles contrastent avec la réalité économique du pays. Oui le business repart mais pas partout, le manque à gagner des mois de confinement aura un impact énorme sur la santé des entreprises et leurs décisions d'investissements. De nombreuses entreprises, je pense au secteur du tourisme, ne rouvriront pas ou fermeront à la fin de la saison estivale. Des plans de réduction d'effectifs sont forcément à l'étude et se concrétiseront à l'automne afin de redimensionner les entreprises au niveau d'activité. Certaines choisiront de façon opportuniste le COVID comme justification pour faire le ménage qu'elles n'ont pas eu le courage de faire avant. Pour reprendre la fameuse citation d'Emanuel Rahm, il ne faudrait pas gâcher cette crise. Quelle étape avons-nous rater pour que les gens ne prennent pas conscience de l'aspect critique de la situation économique? Bruno Le Maire a pourtant annoncé des centaines de milliers de chômeurs supplémentaires. Personne n'a dû l'entendre sans doute. C'est aussi la responsabilité des dirigeants d'entreprise de pratiquer un discours de transparence avec leurs collaborateurs. Oui, ce discours risque d'être anxiogène mais il bâtira aussi une plus grande confiance envers le leader. La très grande majorité des collaborateurs d'une entreprise ne sont pas branchées sur BFM Business et ne lisent pas les Echos tous les matins. Ils n'ont pas nécessairement conscience de l'état du bilan et du compte de résultat de l'entreprise pour laquelle ils travaillent. C'est au dirigeant(e) de communiquer ce message. "Je n'ai à vous offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur". Sans forcément tomber dans un discours de guerre Churchillien, un message d'honnêteté peut rassembler autour de la survie de l'entreprise (et accessoirement de la pérennité des emplois) des collaborateurs déstabilisés par 3 mois de confinement. Une entreprise aussi vénérable et ancienne soit-elle peut disparaitre du jour au lendemain. Tout le monde doit en avoir conscience et prendre ses responsabilités. Comme dirait Pierre Rabhi: tout le monde doit faire sa part du colibri. Le dirigeant doit lever ce déni collectif mais il doit aussi y voir une opportunité unique pour rassembler ses équipes autour d'un projet d'entreprise fort et porteur de sens que ce soit la survie de l'entreprise, la reconquête d'un marché, des changements de méthode de travail etc...


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